Les serveurs web jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement d'Internet.
Il s'agit de logiciels qui tournent sur des machines (physiques ou virtuelles) et qui gèrent les requêtes HTTP(S) des clients (navigateurs web, API, etc.), en renvoyant les pages web, fichiers ou données demandés.
En pratique, un serveur web établit la communication entre le serveur hébergeant un site et l'utilisateur final, assurant que le contenu web soit distribué de manière fiable et sécurisée.
Parmi les serveurs web les plus répandus figurent Apache, Nginx, Microsoft IIS, LiteSpeed, ou encore les solutions intégrées de certains fournisseurs comme Cloudflare.
Chacun de ces serveurs a ses propres caractéristiques en termes d'architecture, de performances, de sécurité et de facilité de gestion, ce qui influence leur adoption dans l'écosystème web.
Depuis le début des années 2000, le paysage des serveurs web a considérablement évolué.
Historiquement, Apache a longtemps dominé le marché, mais de nouveaux acteurs plus performants ou spécialisés ont émergé. Par exemple, Nginx (souvent prononcé "Engine X") est apparu en 2004 avec une architecture événementielle conçue pour gérer des milliers de connexions simultanées, relevant ainsi le défi du problème dit C10k (serveur capable de supporter 10 000 connexions simultanées).
D'autres solutions ont apporté des approches innovantes -- LiteSpeed a misé sur une compatibilité avec Apache tout en offrant une architecture asynchrone très performante, et Cloudflare propose un service de proxy inverse et de CDN mondial qui s'intercale entre les sites web et les utilisateurs, améliorant vitesse et sécurité de millions de sites.
Aujourd'hui, en 2025, le marché des serveurs web est fragmenté entre plusieurs acteurs majeurs, avec d'importantes différences de part de marché selon que l'on considère l'ensemble des sites web (y compris inactifs ou sites de moindre importance) ou les sites les plus visités, et selon que l'on examine les serveurs origin (sur le serveur d'hébergement) ou les serveurs intermédiaires (par exemple un proxy/CDN comme Cloudflare).
Dans cet article, je vous présente un état des lieux complet des parts de marché actuelles des principaux serveurs web (à la mi-2025) tous types de sites confondus.
Nous examinerons les statistiques globales et les tendances récentes depuis 2020, puis analyserons en détail les principaux acteurs (Nginx, Apache, IIS, LiteSpeed, Cloudflare, etc.).
Enfin, nous comparerons ces solutions sur des aspects clés -- performances, sécurité, facilité d'utilisation et support -- avant de conclure sur les perspectives d'évolution du marché.
D'après les dernières données disponibles, Nginx est aujourd'hui le serveur web le plus utilisé au monde, ayant dépassé Apache au cours des dernières années.
Selon les statistiques recueillies par W3Techs en juillet 2025, Nginx est utilisé par environ 33,9 % de l'ensemble des sites web (dont la technologie de serveur est connue).
Apache HTTP Server occupe la deuxième place avec environ 25,9 % des sites web.
Viennent ensuite Cloudflare Server (le service de proxy web de Cloudflare, considéré ici comme un serveur) qui sert environ 24,0 % des sites, puis LiteSpeed en nette progression à 14,6 %.
En comparaison, la part de Microsoft IIS (Internet Information Services, le serveur web de Microsoft) est beaucoup plus modeste -- environ 3,9 % seulement des sites web en 2025 -- reflétant le déclin de cette solution. On note également la présence de technologies comme Node.js utilisées directement comme serveur pour environ 4,6 % des sites.
Le tableau ci-dessous résume les parts de marché estimées des principaux serveurs web en 2025 :
| Serveur web | Part de marché (sites web utilisant la technologie) |
|---|---|
| Nginx | ≈ 33,9 % |
| Apache | ≈ 25,9 % |
| Cloudflare Server | ≈ 24,0 % |
| LiteSpeed | ≈ 14,6 % |
| Microsoft IIS | ≈ 3,9 % |
| Autres (Node.js, Google GWS, etc.) | < 10 % (cumulé) |
Source : parts de marché estimées mi-2025, d'après W3Techs. (NB : une partie des sites web utilisent plusieurs couches de serveurs web, par ex. un site peut être derrière Cloudflare tout en tournant sur Nginx en back-end, ce qui fait que la somme des pourcentages dépasse 100 %.)
Ces chiffres incluent tous les sites web, des plus petits aux plus importants, sans distinction entre sites actifs/inactifs ou HTTP/HTTPS.
Si l'on considère des métriques alternatives, les classements restent globalement similaires, avec Nginx, Apache et Cloudflare en tête, mais avec quelques nuances intéressantes :
En résumé, Nginx est le leader du marché en 2025 en nombre de sites web, suivi d'Apache, tandis que Cloudflare s'est imposé comme un acteur incontournable surtout pour les sites à fort trafic. LiteSpeed, bien que loin derrière en volume total, a fortement progressé ces dernières années pour atteindre une part non négligeable, surtout sur le segment de l'hébergement mutualisé optimisé.
Microsoft IIS, de son côté, continue de décliner et ne représente plus qu'une fraction marginale des serveurs web publics.
Nginx est un serveur web open-source créé en 2004 par Igor Sysoev, initialement en réponse aux limitations de performance d'Apache face à de très nombreuses connexions concurrentes (le problème C10k).
Nginx adopte une architecture événementielle et asynchrone au lieu du modèle à processus/threads d'Apache, ce qui lui permet de gérer efficacement un grand nombre de requêtes simultanées avec une empreinte mémoire réduite.
Cette conception lui confère une excellente scalabilité, au point que Nginx est souvent décrit comme "le roi de l'évolutivité" capable de gérer de lourdes charges de trafic sans faiblir.
En plus des fonctions de serveur HTTP statique, Nginx peut faire office de proxy inverse, de répartiteur de charge (load balancer) et de serveur de cache, ce qui le rend très polyvalent dans les architectures web modernes.
En termes de part de marché, Nginx a connu une ascension remarquable.
Au début des années 2010, il était encore loin derrière Apache, mais sa performance supérieure sous forte charge a convaincu de nombreux sites et administrateurs.
En mai 2021, Nginx est officiellement devenu le serveur web le plus populaire, détrônant Apache pour la première fois depuis le début des mesures de W3Techs.
Depuis cette date, Nginx n'a cessé de conforter sa position.
D'après les données actuelles, il équipe environ un tiers de l'ensemble des sites web. Netcraft note qu'au premier semestre 2025, Nginx gagne régulièrement des parts de marché chaque mois, enregistrant par exemple +6,4 millions de sites supplémentaires rien qu'en mai 2025. Cette domination s'explique par ses performances, mais aussi par son adoption massive dans des contextes variés : des petits serveurs VPS aux grandes plateformes comme WordPress.org, Netflix ou TikTok qui l'utilisent pour servir des contenus à grande échelle. Nginx est disponible en version open-source gratuite et en version commerciale Nginx Plus (avec support et fonctionnalités supplémentaires, proposée par F5 Networks suite au rachat de Nginx, Inc.). La communauté autour de Nginx est très active, offrant de nombreux modules tiers et une documentation abondante.
Apache est le doyen des serveurs web grand public encore en service actif.
Lancé en 1995 par la fondation Apache, ce serveur open-source a dominé le web durant plusieurs décennies. Dans les années 2000, Apache alimentait plus de la moitié des sites web mondiaux, et a même culminé à environ 63 % des sites vers 2004. Il est historiquement associé à la célèbre pile LAMP (Linux, Apache, MySQL, PHP), qui a constitué l'infrastructure de base de millions de sites. Apache s'est fait connaître comme un serveur fiable, extrêmement modulable et flexible. Il fonctionne sur une architecture à processus (et threads selon le MPM utilisé), avec la possibilité de charger de nombreux modules (extensions) pour ajouter des fonctionnalités (PHP via mod_php, URL rewriting via mod_rewrite, compression, SSL/TLS, etc.).
L'une de ses forces est la possibilité de configuration fine par répertoire (fichiers .htaccess), très utile en hébergement mutualisé. Apache a également l'avantage d'être multi-plateforme (natif sur Linux/Unix, mais fonctionne aussi sur Windows) et d'être soutenu par une vaste communauté.
Cependant, Apache a progressivement perdu du terrain face à Nginx au cours des années 2010, en grande partie à cause de performances moindres sous forte charge et d'une consommation de ressources plus élevée.
Apache a bien tenté d'évoluer (introduction du MPM Event pour un fonctionnement partiellement asynchrone, amélioration du support de HTTP/2, etc.), mais ces améliorations n'ont pas suffi à contrer la tendance.
Dès 2020, les enquêtes montraient qu'Apache commençait à être dépassé par Nginx en part de marché sur certains indicateurs : par exemple, le rapport Netcraft d'avril 2020 indiquait qu'Apache était tombé à ~25 % des sites web totaux (ayant perdu la première place au profit de Nginx). W3Techs, qui se concentre sur les sites actifs, montrait encore Apache légèrement en tête en 2020 (~39 % du web), mais avec une courbe en déclin.
Le croisement s'est finalement confirmé en 2021. En 2025, la part d'Apache est estimée aux alentours de 25-26 % des sites d'après W3Techs (ou ~15 % si on compte en pourcentage de tous les sites répondant détectés par Netcraft, y compris inactifs).
Malgré ce recul, Apache demeure un pilier du web. Il reste largement utilisé dans l'hébergement mutualisé traditionnel, où sa compatibilité et sa flexibilité (fichiers .htaccess, etc.) sont appréciées. De nombreux outils d'administration (comme cPanel/WHM) sont historiquement conçus autour d'Apache, bien que cela évolue. Apache continue d'être maintenu activement par l'Apache Software Foundation, avec des mises à jour régulières pour corriger des vulnérabilités et améliorer la performance. Son écosystème de support est essentiellement communautaire (forums, documentation exhaustive, wiki), ce qui peut rendre la résolution de problèmes pointus un peu complexe sans expertise, mais garantit aussi une transparence du code et une grande liberté d'utilisation (logiciel gratuit, open-source).
En résumé, Apache est le "vétéran" fiable et polyvalent, toujours très présent, mais moins performant que ses rivaux modernes sur certains points. Il est souvent qualifié de "bourreau de travail de confiance", connu pour sa flexibilité et sa compatibilité étendue. Beaucoup de sites existants continuent de l'utiliser, mais la plupart des nouveaux déploiements à grande échelle lui préfèrent Nginx ou d'autres solutions optimisées.
Microsoft IIS (Internet Information Services) est le serveur web proposé par Microsoft sur les systèmes Windows.
Lancé à l'origine dans les années 1990, IIS a été très répandu au début des années 2000, bénéficiant de l'intégration native à Windows Server et de son utilisation conjointe avec les technologies Microsoft (ASP.NET, ISAPI, etc.). IIS a notamment été choisi par de nombreuses entreprises tournant dans un environnement Windows, et à une époque il a approché 20-30 % de part de marché mondiale.
Toutefois, au fil du temps, son usage sur le web public a fortement diminué au profit des solutions open-source.
En 2025, Microsoft-IIS ne représente plus qu'environ 3 à 5 % des sites web selon les sources.
Par exemple, W3Techs mesure 3,9 % des sites utilisant IIS en juillet 2025. Même parmi le top 1 million de sites, la part d'IIS n'est que d'environ 4 %.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. D'une part, l'essor de Linux comme OS serveur par défaut a relégué Windows Server et IIS à un rôle plus niche sur Internet (bien qu'ils restent courants en intranet d'entreprise). D'autre part, IIS a souffert par le passé d'une image moins sécurisée, ternie par exemple par des attaques virales célèbres (les vers Code Red et Nimda en 2001 ciblaient des vulnérabilités IIS).
Microsoft a grandement amélioré la sécurité de IIS par la suite, mais le mal était fait en termes de réputation. De plus, IIS n'est pas cross-platform (Windows uniquement) et son code est fermé, ce qui a réduit son attrait à l'ère du tout-open-source.
Techniquement, IIS est pourtant un serveur performant sur son terrain de prédilection. Il utilise un modèle à threads intégré au kernel Windows (IOCP) qui le rend assez efficace pour les applications .NET.
Il propose une interface graphique d'administration (IIS Manager) qui peut faciliter la configuration pour les habitués de l'écosystème Microsoft. IIS supporte HTTP/2, HTTP/3, et intègre des fonctionnalités comme le URL Rewrite, la compression, la mise en cache, tout comme ses concurrents.
Microsoft fournit un support officiel pour IIS (via les canaux de support Windows), ce qui est un avantage dans les environnements critiques sous Windows. Néanmoins, pour le grand public du web, ces atouts n'ont pas suffi à compenser la préférence marquée des développeurs pour les stacks Linux/Apache/Nginx.
En 2025, IIS survit principalement dans les environnements Windows existants et pour des besoins spécifiques (applications ASP.NET auto-hébergées, etc.). La plupart des nouveaux sites et applications web optent pour d'autres serveurs. La tendance à l'utilisation de services cloud (comme Azure) n'a pas non plus redonné de part significative à IIS, car même dans Azure on retrouve souvent Nginx ou Apache en conteneur Linux, ou bien des fonctions managées évitant l'utilisation directe de IIS.
LiteSpeed Web Server (LSWS) est un acteur plus récent, apparu au milieu des années 2000 (première version commerciale en 2003).
Développé par la société LiteSpeed Technologies, c'est un serveur web propriétaire (code source fermé dans sa version Enterprise) pensé comme une alternative hautes performances à Apache. LiteSpeed a la particularité d'être hautement compatible avec Apache : il peut relire les mêmes fichiers de configuration (httpd.conf, .htaccess) et s'intégrer avec les panneaux de contrôle populaires (cPanel, Plesk, etc.). L'idée est de permettre aux hébergeurs de remplacer Apache par LiteSpeed de façon transparente pour les utilisateurs, tout en obtenant des gains de performance notables.
Sur le plan technique, LiteSpeed utilise une architecture événementielle asynchrone (similaire à celle de Nginx) à la place du modèle à processus d'Apache. Il a été optimisé dès le départ pour la performance et l'évolutivité, en introduisant par exemple un cache HTTP interne efficace et des mécanismes prédictifs pour absorber les pics de trafic. LiteSpeed a souvent été à la pointe des nouvelles technologies web : il fut par exemple le premier serveur grand public à supporter HTTP/2 (dès 2015), avant même Apache ou Nginx.
En termes de performances brutes, LiteSpeed porte bien son nom ("vitesse légère"). Dans les scénarios de contenu statique pur, LSWS est capable d'être plusieurs fois plus rapide qu'Apache et de consommer moins de ressources. Des benchmarks indiquent notamment qu'avec son architecture asynchrone et son cache intégré, LiteSpeed peut délivrer du contenu statique jusqu'à 6× plus rapidement qu'Apache tout en augmentant sensiblement les performances PHP (jusqu'à +50 %) grâce à son moteur optimisé.
Cela s'exprime concrètement par une capacité à encaisser beaucoup plus de requêtes par seconde sans saturer le CPU ou la RAM.
Sur du contenu dynamique (PHP, WordPress...), LiteSpeed offre un avantage surtout lorsqu'il est couplé à son extension LiteSpeed Cache (module de cache applicatif notamment pour WordPress). Avec ce dernier, LiteSpeed est réputé pour exceller dans l'hébergement de sites WordPress à fort trafic, offrant des temps de réponse très bas comparés à Apache (même tuné avec PHP-FPM).
Grâce à ces atouts, LiteSpeed a connu une adoption rapide surtout dans l'industrie de l'hébergement mutualisé et des CMS. Beaucoup d'hébergeurs web ont progressivement remplacé Apache par LiteSpeed sur leurs serveurs afin d'offrir de meilleures performances aux clients (tout en facturant parfois la licence LiteSpeed). Ainsi, la part de marché de LiteSpeed, partie de presque rien il y a 10 ans, a grimpé à plus de 14 % des sites web en 2025. Cette croissance est particulièrement visible sur les sites utilisant WordPress, où LiteSpeed bénéficie du bouche-à-oreille autour de son plugin de cache très efficace.
LiteSpeed existe en deux éditions : une version Enterprise commerciale (licence payante par serveur, avec support technique dédié) et OpenLiteSpeed, qui est une édition open-source allégée (disponible gratuitement, mais sans toutes les fonctionnalités Enterprise et sans support officiel). Cela permet à la communauté de tester et d'utiliser LiteSpeed sans frais dans certains contextes, mais les grandes installations professionnelles optent généralement pour la version Enterprise pour bénéficier du support direct de l'éditeur. Niveau sécurité, LiteSpeed suit de près les avancées : il supporte les règles de sécurité mod_security (compatibles Apache) et inclut par défaut des mesures anti-DDoS et anti-bruteforce assez performantes. Dans des tests simulés, LiteSpeed a par exemple résisté à des vagues de requêtes qui faisaient tomber un Apache équivalent, grâce à des limites intégrées et une meilleure gestion des ressources sous attaque.
En somme, LiteSpeed s'est imposé comme un challenger sérieux, privilégié pour obtenir le maximum de performance sur des sites PHP/WordPress, tout en gardant une compatibilité Apache. Il reste encore loin du volume d'installations de Nginx ou Apache, mais sa progression constante suggère qu'il continuera à gagner des parts, surtout si la performance web et l'optimisation restent des critères majeurs pour les webmasters. Son principal frein demeure son modèle propriétaire payant pour la version complète, ce qui en limite l'usage aux acteurs prêts à investir dans des licences (lesquelles peuvent coûter de ~$10 à $90 par mois selon l'édition, voire plus pour du support premium). Malgré cela, sa base d'utilisateurs grandit, alimentée par des communautés actives qui partagent conseils et retours d'expérience.
Cloudflare est un cas un peu à part dans ce panorama, car ce n'est pas un logiciel de serveur web que l'on installe soi-même, mais plutôt un service de proxy inverse et de CDN (Content Delivery Network) fourni par la société Cloudflare Inc.
Depuis les années 2010, Cloudflare a mis en place un vaste réseau mondial de serveurs proxy dans des centaines de villes, permettant aux sites web d'utiliser leur infrastructure pour mettre en cache les contenus statiques, distribuer le trafic de façon optimisée et protéger les serveurs originaux. Concrètement, un site qui "passe par Cloudflare" voit les requêtes des visiteurs interceptées par les serveurs Cloudflare les plus proches géographiquement, qui répondent en fournissant le contenu en cache ou en relayant la requête vers le serveur d'origine. Aux yeux de l'utilisateur (et des outils de mesure), le serveur visible est alors un serveur Cloudflare.
Cloudflare est devenu extrêmement populaire, notamment parce qu'il propose une formule gratuite couvrant l'essentiel (accélération et protection de base) et parce qu'il améliore très simplement les performances et la sécurité d'un site sans avoir à modifier l'infrastructure existante. Cette popularité se reflète dans les statistiques : en 2025, environ 24 % de tous les sites web utilisent Cloudflare comme serveur frontal (ce qui signifie qu'un quart des sites font transiter leur trafic web via Cloudflare). Cette proportion monte encore parmi les sites à fort trafic : Cloudflare est le choix numéro 1 du Top 1 000 000 des sites les plus visités (environ 22 % de ces sites), dépassant Nginx et Apache sur ce segment. Des sites majeurs comme LinkedIn.com, Netflix, Mozilla.org, BBC.com ou NYTimes.com utilisent Cloudflare en tant que couche de distribution et de défense.
Initialement, Cloudflare utilisait en coulisses une version modifiée de Nginx pour son réseau. Cependant, la société a développé son propre serveur proxy "maison" appelé Pingora (déployé à partir de 2022) pour améliorer encore l'efficacité de son infrastructure.
Qu'il s'agisse de Nginx modifié ou de Pingora, les sondages comme W3Techs identifient simplement "Cloudflare Server" lorsque c'est un nœud Cloudflare qui répond. En termes de performances, l'apport de Cloudflare pour un site web est considérable : mise en cache des fichiers statiques sur une centaine de centres de données dans le monde (réduction de la latence pour les utilisateurs distants), optimisation des requêtes (compression, HTTP/2 et HTTP/3, etc.), et capacité à absorber des charges de trafic énormes.
Par exemple, Cloudflare a annoncé avoir bloqué en 2025 l'attaque DDoS la plus massive jamais enregistrée, atteignant 7,3 térabits par seconde -- une attaque qu'aucun serveur web isolé n'aurait pu encaisser. Cette capacité de mitigation automatique des DDoS et autres menaces (grâce à un WAF -- Web Application Firewall -- et des systèmes d'atténuation intégrés) est un argument clé de Cloudflare.
En d'autres termes, Cloudflare apporte une couche de sécurité renforcée en filtrant le trafic malveillant avant qu'il n'atteigne le serveur originel, protégeant ainsi les sites contre les attaques courantes (injections, bots, etc.) et les attaques volumétriques.
Il faut noter que Cloudflare n'est pas le seul dans son genre (il existe d'autres CDN/proxy comme Akamai, Fastly, etc.), mais il détient de loin la plus grande part de marché dans cette catégorie grâce à sa stratégie agressive (offre gratuite, services additionnels tels que DNS, SSL facile, et même hébergement d'applications serverless via Cloudflare Workers). Dans les statistiques de serveurs web, Cloudflare apparaît désormais comme un acteur majeur, au même titre que les logiciels serveurs classiques, car son réseau se situe en intermédiaire de plus en plus incontournable entre les sites et leurs visiteurs.
En résumé, Cloudflare a transformé la manière de servir les contenus web : plutôt que d'améliorer uniquement le serveur d'origine, beaucoup de sites préfèrent aujourd'hui s'appuyer sur un réseau mondial comme Cloudflare pour accélérer et sécuriser leur service. Sa part de marché de 24 % en 2025 illustre cette évolution structurelle du web, où la frontière entre "serveur web" et "service cloud" s'estompe.
En dehors des cinq grands noms ci-dessus, le reste du marché des serveurs web se partage quelques pourcents entre une multitude de solutions. Parmi celles-ci, on peut mentionner :
Bien que ces solutions "autres" soient marginales en termes de statistiques globales, elles peuvent avoir des communautés dédiées et des cas d'utilisation spécifiques où elles excellent. Toutefois, pour l'essentiel du web, ce sont bien les cinq grands noms analysés précédemment qui dominent les choix techniques.
Au-delà des parts de marché, il est important de comparer qualitativement les serveurs web majeurs selon plusieurs critères décisifs : les performances, la sécurité, la facilité d'utilisation (configuration/administration) et le support disponible. Chacun des principaux serveurs -- Nginx, Apache, LiteSpeed, IIS, Cloudflare -- a ses avantages et inconvénients sur ces plans, ce qui peut orienter les préférences des administrateurs système et développeurs.
La performance d'un serveur web se mesure à sa capacité à traiter rapidement et efficacement les requêtes, sous faible comme sous forte charge. Sur ce terrain, Nginx et LiteSpeed sont largement reconnus pour leur supériorité technique. Grâce à leurs architectures événementielles non-bloquantes, ces serveurs peuvent gérer des milliers de connexions simultanées en utilisant très peu de processus et de mémoire, là où Apache (en mode process/thread) risquait l'engorgement au-delà de quelques centaines de threads. Nginx a bâti sa réputation sur sa légèreté et son efficacité redoutable pour servir du contenu statique et supporter de fortes charges. Il a résolu de manière élégante les limitations des générations précédentes (problème des 10k connexions) en adoptant un modèle asynchrone orienté événements. De son côté, LiteSpeed a démontré être encore plus optimisé dans certains cas : par exemple, en exploitant un cache intégré et diverses optimisations, LiteSpeed peut être jusqu'à 6 fois plus rapide qu'Apache pour servir des fichiers statiques. Sur les contenus dynamiques (PHP, WordPress), LiteSpeed et Nginx -- lorsqu'ils sont configurés avec PHP-FPM et du cache -- offrent des performances comparables, tous deux nettement supérieurs à Apache en configuration classique. Apache, bien que moins efficace par conception, peut tout de même atteindre de bonnes performances si on l'optimise (désactivation des modules inutiles, usage du mode Event, du cache et de PHP-FPM au lieu de mod_php, etc.). Cependant, il conserve une surcharge par requête plus élevée, et sous des stress tests extrêmes (attaques DDoS, pics de trafic), Apache aura tendance à consommer plus de CPU/mémoire et à risquer la saturation plus vite que Nginx ou LiteSpeed.
Pour Microsoft IIS, les performances sont honorables mais très liées à l'environnement Windows. IIS excelle à servir des applications ASP.NET sur Windows, utilisant les mécanismes d'I/O asynchrones du système (IO Completion Ports). Dans un contexte purement static content, IIS est moins souvent comparé aux autres, mais globalement il est au niveau d'Apache (certains benchmarks le montrent légèrement devant Apache sur Windows, mais ce sont des cas particuliers). Le principal enjeu pour IIS en performance est qu'il n'est pas conçu pour fonctionner sur Linux, donc hors de son écosystème il n'est pas utilisé.
Enfin, concernant Cloudflare, son impact en performance est indirect mais massif : en tant que CDN, Cloudflare réduit la latence (en rapprochant le contenu des utilisateurs via ses caches régionaux) et allège la charge sur les serveurs originaux (puisqu'une bonne partie des requêtes sont servies depuis le cache Cloudflare). Un site banal peut voir son temps de chargement diminuer de façon notable en activant Cloudflare, surtout pour les utilisateurs éloignés géographiquement du serveur initial. De plus, Cloudflare prend en charge HTTP/2 et HTTP/3 entre l'utilisateur et ses serveurs, compresse les ressources, etc., ce qui améliore la vitesse perçue. On peut donc dire que utiliser Cloudflare est un moyen efficace d'améliorer les performances globales de livraison, indépendamment du choix du serveur origin (tant que le contenu est cacheable).
En résumé, Nginx et LiteSpeed sont les choix de prédilection pour maximiser les performances et la scalabilité d'un serveur web. Apache reste performant pour des charges modérées et bénéficie d'optimisations récentes, mais a du mal à rivaliser sur les très hautes charges. IIS est limité au monde Windows, et Cloudflare agit comme un booster de performance en amont du serveur origin. Chaque situation d'hébergement peut dicter une solution différente, mais de manière générale le duel Nginx vs LiteSpeed représente le sommet actuel en termes de capacité à encaisser du trafic : Nginx pour une approche open-source modulable, LiteSpeed pour une approche "prête à l'emploi" ultra-optimisée (en particulier pour les sites web dynamiques comme WordPress).
La sécurité d'un serveur web recouvre à la fois la robustesse du logiciel face aux vulnérabilités et les fonctionnalités de protection offertes (filtrage, contrôles d'accès, etc.). Sur ce point, tous les serveurs majeurs modernes sont relativement sûrs lorsqu'ils sont à jour -- mais il existe quelques différences d'approche.
Apache a une longue histoire et un bon bilan de sécurité ces dernières années. La plupart des failles critiques relevées ont concerné des modules optionnels plus que le cœur d'Apache. L'équipe Apache publie régulièrement des correctifs de sécurité et l'administrateur doit veiller à appliquer les mises à jour. Apache intègre de base de nombreux mécanismes de contrôle d'accès (fichiers .htaccess pour définir des règles par répertoire, restrictions IP, authentification HTTP Basic/Digest, etc.). Couplé à des modules comme mod_security, Apache permet d'appliquer des règles de pare-feu applicatif (WAF) pour bloquer des patterns de requêtes malveillantes. En somme, Apache fournit tous les "essentiels" pour sécuriser un serveur web (SSL/TLS, gestion des certificats via Let's Encrypt, configuration fine des en-têtes de sécurité, etc.). Toutefois, beaucoup de ces réglages nécessitent une configuration manuelle par un administrateur expérimenté.
Nginx, de son côté, a un code base plus récent et plus concis, ce qui peut réduire la surface d'attaque. Des vulnérabilités existent également (certaines CVE ont affecté Nginx, par exemple dans des modules comme ngx_http_mp4_module), mais globalement Nginx a la réputation d'un logiciel léger et sécurisé. Il offre aussi des directives de contrôle d'accès (par IP, par mot de passe basique, etc.) et supporte ModSecurity via un portage appelé ModSecurity-nginx, bien que son intégration de WAF soit moins "plug-and-play" qu'Apache. Nginx excelle dans la gestion de TLS (avec des options modernes, OCSP stapling, HTTP/3 supporté via QUIC, etc.). On notera que Nginx étant souvent placé en frontal, il est courant de l'utiliser comme première ligne de défense (par ex. bloquer certaines URL patterns ou IP dès Nginx).
En pratique, un serveur Nginx bien configuré est très solide ; beaucoup de services à grande échelle (comme les serveurs des géants du web) l'emploient, ce qui prouve une confiance dans sa sécurité.
LiteSpeed, bien qu'en source fermé, mise sur la sécurité "par construction" et la simplicité. Il supporte nativement les règles ModSecurity (donc on peut réutiliser des règles OWASP Core Rule Set par exemple). LiteSpeed met aussi en avant des protections intégrées contre certaines attaques DoS/DDoS -- par exemple la limitation automatique des connexions par IP, la détection de certains comportements suspects -- ce qui lui donne un avantage prêt à l'emploi sur Apache dans des tests de résistance. En effet, comme mentionné, LiteSpeed a résisté dans des simulations à des volumes de requêtes qui auraient fait tomber Apache, en gérant mieux la queue et en rejetant les abus. Cela ne dispense pas d'optimiser les paramètres, mais disons que la tolérance aux attaques de force brute semble meilleure out-of-the-box sur LSWS. Étant maintenu par une entreprise, LiteSpeed bénéficie de correctifs de sécurité délivrés directement aux clients (les failles ne sont pas toujours publiques du fait du code propriétaire, mais il y a un support proactif). Certains critiquent l'opacité relative (difficile pour la communauté d'auditer le code), mais jusqu'à présent aucune brèche majeure publique n'a entaché sa réputation.
Sur Microsoft IIS, la sécurité s'est nettement améliorée depuis les années 2000.
Microsoft a intégré IIS dans son cycle de mises à jour Windows, de sorte que les patchs de sécurité sont poussés via Windows Update. IIS propose une panoplie de features de sécurité : restrictions d'IP, filtrage d'URL, support de certificats client, et un URL Scan (Request Filtering) qui peut servir de WAF basique. Microsoft propose aussi en option un module Application Request Routing + Web Application Proxy qui ajoute des couches de sécurité. Néanmoins, l'administration de IIS en sécurité nécessite une bonne connaissance de l'outil (par ex. durcir les permissions NTFS sur les répertoires web, configurer correctement l'Identity des AppPools, etc.). Dans l'ensemble, un IIS bien géré est sûr, mais son usage moins répandu sur Internet fait qu'il est aussi moins ciblé aujourd'hui par les attaquants grand public (la plupart des malwares ciblent des stacks Linux/PHP). Cela dit, en cas de faille IIS critique, peu de gens dans la communauté open-source pourront aider, il faut attendre le patch de Microsoft.
Cloudflare, en tant que couche de proxy global, apporte potentiellement le plus haut niveau de sécurité pour un site web. Leur réseau filtre une quantité énorme d'attaques chaque jour. Cloudflare dispose d'un WAF géré centralement avec des règles constamment mises à jour pour bloquer les injections SQL, XSS, bots malicieux, etc. Pour les attaques DDoS massives, Cloudflare a une infrastructure capable d'absorber des centaines de millions de requêtes par seconde en pic, ce qu'aucun serveur individuel ne peut faire. Il offre aussi des fonctions comme le "IUAM (I'm Under Attack Mode)" qui insèrent un challenge (CAPTCHA ou calcul Javascript) aux visiteurs afin d'éliminer les bots lors d'une attaque. Autrement dit, mettre son site derrière Cloudflare protège énormément contre les menaces externes, au point que de nombreux administrateurs n'envisagent plus de s'en passer pour un site public à forte visibilité. La contrepartie est qu'il faut faire confiance à Cloudflare (tiers de confiance) et que certaines attaques très ciblées pourraient contourner le proxy (ex : trouver l'IP réelle du serveur origin). Mais globalement, sur la sécurité, Cloudflare est un bouclier très efficace, mutualisé par des millions de sites, ce qui lui permet de réagir rapidement dès qu'une nouvelle attaque est détectée (effet de réseau).
En synthèse, tous les serveurs web majeurs offrent un niveau de sécurité élevé s'ils sont correctement configurés et mis à jour. Apache et Nginx fournissent les bases essentielles, mod_security étant un atout pour Apache (égalé par LSWS via compatibilité et disponible sur Nginx via module tiers). LiteSpeed se distingue par quelques protections prêtes à l'emploi et une excellente résistance aux abus de trafic. Cloudflare ajoute une dimension externe de sécurité qui va au-delà de ce qu'un serveur web classique peut faire seul. Quant à IIS, il est adapté pour les environnements Windows sécurisés, mais moins pertinent dans le contexte web actuel dominé par Linux. En pratique, pour un site critique, on verra souvent une combinaison : par exemple un Nginx ou Apache en origin derrière Cloudflare, cumulant les avantages (Cloudflare bloque le gros des menaces, le serveur origin gère finement l'authentification et la logique d'application).
La facilité d'utilisation d'un serveur web dépend de la syntaxe de configuration, des outils disponibles, et de la familiarité qu'en ont les administrateurs.
Apache est souvent considéré comme relativement facile à prendre en main, en grande partie parce qu'il est très documenté et qu'il a été pendant des années la référence. La configuration d'Apache se fait via un fichier texte (httpd.conf) assez verbeux, mais dont la syntaxe est claire pour qui la pratique. Surtout, Apache permet l'usage de fichiers .htaccess pour configurer des règles par répertoire sans accès root -- une fonctionnalité cruciale en hébergement mutualisé, qui a contribué à sa popularité. Cette flexibilité a son revers : la gestion de multiples fichiers .htaccess peut rendre le debug difficile, et ces fichiers introduisent une légère surcharge de performance. Malgré tout, pour beaucoup de développeurs web des années 2000/2010, configurer des redirections ou des protections via .htaccess est devenu une seconde nature. Apache dispose aussi de nombreux modules officiels, souvent activables d'une simple directive (ex : a2enmod rewrite sur Debian pour activer mod_rewrite). L'écosystème d'outils GUI n'a jamais été le fort d'Apache (il existe bien Apache GUI, mais peu utilisé) ; en pratique on édite les configs à la main ou via des panneaux comme cPanel qui génèrent la config Apache en arrière-plan. Globalement, Apache est jugé facile pour qui veut un serveur opérationnel sans trop se soucier d'optimisation, d'autant qu'il est installé par défaut dans de nombreuses distributions (package apache2 etc.) et qu'il fonctionne "out of the box" avec une configuration par défaut raisonnable.
Nginx, lors de son arrivée, a déconcerté certains habitués d'Apache car il ne supporte pas les .htaccess et sa syntaxe de configuration est différente. La config Nginx, dans un fichier nginx.conf, est en fait assez concise et logique, basée sur des blocs contextes (http, server, location). Après une courbe d'apprentissage initiale, beaucoup d'admin trouvent Nginx plus simple et cohérent qu'Apache à configurer, car il y a moins de magie implicite. Par contre, comme Nginx est plus jeune, il y a parfois moins de tutoriels pour des cas très spécifiques, et certains concepts (par exemple l'ordre de traitement des directives location, ou la gestion des upstreams proxy) demandent un peu de pratique. Un autre aspect est que Nginx ne charge pas de modules dynamiquement de la même manière qu'Apache : historiquement il fallait recompiler pour ajouter un module, bien qu'aujourd'hui les packages incluent les modules courants. Cela signifie que Nginx est moins "plug and play" pour certaines fonctionnalités : par exemple, pas de mod_php (on utilise PHP-FPM), pas de mod_userdir, etc. Tout cela suit une logique (séparation nette des rôles, meilleure perf), mais a pu sembler moins convivial aux débutants. Nginx n'a pas d'interface graphique officielle, mais il existe des panneaux de contrôle tiers (comme nginx Proxy Manager pour des besoins simples, ou des intégrations dans des panels comme Plesk, cPanel**+EA4**). En résumé, Nginx nécessite d'apprendre une nouvelle syntaxe et philosophie, mais une fois maîtrisé il offre une configuration puissante et relativement facile à maintenir (les fichiers de conf sont plus courts, et Nginx vérifie la syntaxe avant de recharger, ce qui évite des erreurs). De nombreux développeurs modernes préfèrent désormais configurer Nginx, jugé plus prévisible qu'Apache.
LiteSpeed, étant conçu pour être 100% compatible Apache, hérite de la facilité de ce dernier du point de vue configuration. Un administrateur habitué à Apache peut passer à LiteSpeed sans rien changer à ses fichiers .htaccess ou httpd.conf -- il suffit d'importer la configuration, LiteSpeed l'interprète presque entièrement de la même manière. Cela a été un argument clé pour l'adoption : pas besoin de reformer les équipes ou de réécrire des tonnes de règles de réécriture d'URL pour migrer vers LiteSpeed. En plus de cela, LiteSpeed fournit une interface d'administration web (accessible sur un port dédié) qui permet de gérer les hôtes virtuels, les logs, les throttling, etc., via un UI plutôt bien fait. C'est un vrai plus par rapport à Apache et Nginx qui, par défaut, n'ont pas de GUI intégrée. LiteSpeed se positionne donc comme solution hybride : on garde la simplicité Apache (même config, compatibilité cPanel/Plesk), tout en ayant un tableau de bord admin et des outils comme le plugin LSCache (gérable depuis WordPress ou autre CMS directement). Le seul point à considérer est la gestion des licences : installer LiteSpeed Enterprise nécessite une clé de licence et implique un coût, ce qui ajoute une étape par rapport à un Apache gratuit. OpenLiteSpeed, la version gratuite, a une compatibilité légèrement moindre (pas de .htaccess dynamique, etc.) et vise plutôt les développeurs.
Microsoft IIS propose une interface graphique (IIS Manager) sur Windows, qui permet de configurer les sites, les applications, les pools, les certificats, etc., via une interface MMC. Pour un administrateur Windows, c'est assez convivial et cohérent avec le reste de l'administration du système. IIS peut également se scripter via PowerShell ou des fichiers XML (AppCmd), mais la plupart des admins profitent de la GUI. En termes de facilité, si on connaît l'écosystème Windows, IIS est plutôt facile à utiliser, avec une documentation Microsoft détaillée. Le défi pour la communauté large, c'est que la plupart des tutos web sont orientés Linux/Apache/Nginx, donc IIS est un peu isolé. Mais des équipes qui sont déjà formées sur Windows trouveront normal d'utiliser IIS. Dans le monde open-source en revanche, IIS est souvent perçu comme moins accessible car il nécessite un environnement Windows (difficile à automatiser dans des containers Linux, etc.).
Cloudflare, enfin, brille par sa facilité d'adoption. Il n'y a pas de logiciel à installer, juste quelques DNS à changer pour faire passer son trafic par Cloudflare, puis à piloter les réglages depuis une console web (tableau de bord Cloudflare). Pour un propriétaire de site, c'est extrêmement simple : en quelques clics on active le CDN, le SSL gratuit, le pare-feu de base, sans aucune connaissance pointue de serveur. La facilité d'utilisation est d'ailleurs un argument central de Cloudflare dans la démocratisation des bonnes pratiques (HTTPS partout, etc.). En revanche, Cloudflare étant un service externe, on délègue la gestion fine : par exemple, pour mettre à jour la version de TLS ou activer HTTP/3, on utilise les options Cloudflare plutôt que de configurer son propre serveur. Pour la plupart, c'est un gain de simplicité, mais pour certains admins expérimentés, cela peut être frustrant de ne pas tout maîtriser. Quoi qu'il en soit, sur l'aspect "prise en main utilisateur", Cloudflare est probablement le plus facile de tous (surtout qu'il n'y a rien à maintenir côté serveur, pas de patch à appliquer, etc., tout est géré par Cloudflare).
En résumé, Apache est familier et bien documenté (idéal pour débuter, surtout sur mutualisé), Nginx requiert un apprentissage mais offre une configuration claire et performante, LiteSpeed mise sur la continuité avec Apache tout en ajoutant une interface web pratique, IIS est intégré à l'environnement Windows donc facile pour les admins Windows, et Cloudflare simplifie grandement la vie en abstrayant la couche serveur dans le cloud. Le choix dépend donc du contexte et des compétences de l'équipe en place. Notons qu'aujourd'hui beaucoup d'hébergeurs proposent des couches de gestion (ex. cPanel) qui masquent la complexité qu'il y ait Apache, Nginx ou LiteSpeed en dessous, ce qui tend à niveler la différence de facilité du point de vue de l'utilisateur final.
Le critère du support recouvre la disponibilité d'aide technique en cas de problème, ainsi que l'écosystème communautaire (tutoriels, forums, extensions).
Étant open-source et gratuit, Apache ne propose pas de support officiel entreprise -- il n'y a pas de hotline Apache Inc. -- mais il bénéficie d'une immense communauté. Cela signifie que pour presque tout problème Apache, on trouve une réponse sur le Web (StackOverflow, ServerFault, blogs, documentation ASF, etc.). La fondation Apache maintient une doc officielle exhaustive, et la longévité du projet fait que de nombreux experts à travers le monde peuvent offrir du conseil (consultants, etc. si on veut du payant). Donc le support est avant tout communautaire. Dans un contexte professionnel critique, on peut souscrire un support via des tiers (par exemple des entreprises de support Linux type Red Hat ou des prestataires spécialisés Apache), mais ce n'est pas centralisé.
Nginx a un modèle similaire pour sa version open-source : forte communauté, forums (notamment le forum nginx officiel), documentation et wiki assez complets. Pour du support commercial, l'option est d'utiliser Nginx Plus, qui vient avec un contrat de support direct assuré par F5 (l'entreprise qui développe Nginx commercialement). Ce support payant est surtout prisé par les grandes entreprises qui ont besoin d'assistance 24/7 ou de garantie de correctifs prioritaires. La majorité des utilisateurs de Nginx se contentent du support communautaire qui est généralement suffisant. La popularité de Nginx fait qu'aujourd'hui on trouve presque autant de ressources en ligne que pour Apache.
LiteSpeed étant un produit commercial (dans sa version Enterprise), offre un support client officiel. Les détenteurs de licence ont accès à l'aide de LiteSpeedTech (système de tickets, documentation dédiée, etc.). En parallèle, LiteSpeed a cultivé une communauté : il y a un forum LiteSpeed où les ingénieurs interviennent, et des groupes d'utilisateurs (Slack, Facebook) actifs. De plus, LiteSpeed fournit des guides et un wiki pour aider à la migration et l'optimisation. On pourrait penser qu'étant moins utilisé qu'Apache/Nginx, l'écosystème serait pauvre ; or l'essor via WordPress a amené un grand nombre de didacticiels, par exemple sur la configuration optimale de LiteSpeed Cache pour WooCommerce, etc. Par ailleurs, certains hébergeurs partenaires mettent en avant du support pour LiteSpeed. Un avantage du support LiteSpeed, c'est la possibilité d'opter pour des services premium (payants) où des ingénieurs LiteSpeed vous assistent directement sur votre serveur pour des tâches complexes (installation de modules, configuration anti-DDoS, etc.). Bien sûr, cela a un coût élevé, réservé aux entreprises qui en ont les moyens, mais c'est une option qu'Apache ou Nginx open-source n'ont pas.
Microsoft IIS bénéficie du support Microsoft pour les clients Windows Server disposant de contrats (ou via le support grand public pour des questions de base). Microsoft a toujours fourni une documentation approfondie sur IIS (TechNet, docs.microsoft.com). Il existe aussi une communauté Windows IT-Pro qui s'entraide (forums Microsoft Q&A, etc.), mais elle est beaucoup plus restreinte que la communauté Linux web. Dans un cadre pro, on peut ouvrir un ticket Microsoft si IIS pose problème, et obtenir de l'aide moyennant un abonnement support. C'est un modèle traditionnel de support éditeur.
Cloudflare propose un support différencié selon les plans : les utilisateurs gratuits ont accès au forum communautaire Cloudflare et à une base de connaissances, mais pas de support direct individuel. Les clients payants (plans Pro, Business, Enterprise) ont des niveaux de support croissants, jusqu'à du support 24/7 avec un ingénieur dédié pour les Enterprise. Cloudflare mise aussi sur une communauté très active : leur forum est régulièrement visité par des employés de Cloudflare qui aident bénévolement. De plus, l'écosystème Cloudflare intègre des centaines de milliers d'utilisateurs, donc la collective knowledge est vaste (on trouve de nombreuses ressources non-officielles, blogs expliquant comment configurer tel ou tel aspect de Cloudflare). En somme, pour le support, Cloudflare offre une expérience proche d'un SaaS : les petits clients se débrouillent surtout via la communauté, les gros peuvent payer pour de l'assistance haut de gamme.
Si l'on compare, Apache et Nginx dépendent de la communauté open-source, qui est heureusement très riche pour eux. LiteSpeed combine communauté et support éditeur direct (pour ses clients). IIS a le support d'un géant (Microsoft) mais une communauté plus modeste en ligne. Cloudflare a un mix de forum communautaire très vivant et de support premium pour ceux qui mettent le prix.
Le choix ici va souvent de pair avec l'offre commerciale sous-jacente : une entreprise qui veut un support éditeur se tournera plus volontiers vers LiteSpeed Enterprise ou Nginx Plus, voire vers les solutions Microsoft ou des appliances F5/Envoy supportées. À l'inverse, beaucoup de startups et de projets agiles préfèrent s'appuyer sur l'énorme base de connaissances libre d'Apache/Nginx et la liberté que cela confère, quitte à gérer eux-mêmes les problèmes le cas échéant.
Le marché des serveurs web a connu des mutations importantes au cours des cinq dernières années.
On observe une transition nette d'un monde historiquement dominé par Apache vers un écosystème plus diversifié et orienté performance. Nginx s'est imposé comme le nouveau leader en part de marché globale, grâce à ses atouts en termes de scalabilité et à une large adoption sur tous types de sites, des plus petits aux plus grands. Apache, le vétéran, conserve une présence solide mais en déclin constant, notamment évincé sur les nouveaux déploiements où la performance prime. Dans le même temps, Cloudflare et l'essor des réseaux CDN montrent que la problématique du "serveur web" dépasse désormais le simple choix d'un logiciel : de nombreux sites optent pour une couche de service cloud pour améliorer la délivrance de leurs contenus, ce qui fait de Cloudflare un acteur aussi crucial que les serveurs auto-hébergés traditionnels.
Parallèlement, des solutions spécialisées comme LiteSpeed ont prouvé qu'il y avait de la place pour innover sur un marché mûr : en se positionnant comme une alternative optimisée pour un cas d'usage (ici les sites dynamiques à base de CMS), LiteSpeed a capté une part grandissante des utilisateurs d'Apache. On peut s'attendre à ce que LiteSpeed continue de gagner du terrain dans son segment, d'autant que la performance web et le cache applicatif restent des préoccupations majeures pour les sites (notamment face aux Core Web Vitals de Google qui valorisent la rapidité).
Du côté de Microsoft IIS, la tendance est à la marginalisation sur le web public. Il est probable qu'IIS se cantonne à des usages spécifiques (intranets, applications legacy) et ne revienne pas sur le devant de la scène Internet, sauf changement improbable de stratégie chez Microsoft. La plupart des évolutions se font dans l'environnement open-source ou cloud.
En regardant vers le futur, plusieurs tendances se dessinent :
Le marché des serveurs web en 2025 est à la fois stabilisé autour de quelques acteurs majeurs et en constante évolution technologique.
Nginx et Apache restent des piliers, mais leur domination est maintenant partagée avec des offres complémentaires comme Cloudflare ou LiteSpeed qui répondent à des besoins modernes de performance et de sécurité. Pour les administrateurs et développeurs, le choix du serveur web doit se faire en évaluant les exigences spécifiques du projet : charge prévue, type d'application, environnement (Linux/Windows), besoin de support, etc. La bonne nouvelle est qu'il existe aujourd'hui un large éventail de solutions matures pour servir le web, et la concurrence entre elles a tiré l'innovation vers le haut -- au bénéfice final des utilisateurs qui profitent d'un web plus rapide, plus fiable et plus sûr qu'il y a cinq ans.