Modèle Open-Source vs. Propriétaire
Le monde du logiciel repose sur deux grands modèles de développement et de distribution : le modèle open-source (ou logiciel libre, à code source ouvert) et le modèle propriétaire (ou logiciel fermé).
Ces deux approches coexistent dans l'industrie informatique et sont souvent perçues comme opposées. Pourtant, elles sont de plus en plus intriquées et complémentaires, chaque modèle apportant ses avantages spécifiques au paysage technologique actuel.
Dans ce cours, nous allons définir ces deux modèles, retracer leur évolution historique, comparer leurs principes (licences, développement, modèles économiques), et analyser leurs avantages, inconvénients et complémentarités. Des exemples concrets de logiciels open-source et propriétaires illustreront ces notions. Enfin, nous aborderons pourquoi la coexistence -- et donc la survie -- du modèle propriétaire reste importante même à l'ère du tout open-source, en corrigeant au passage certaines idées reçues.
Définition du modèle open-source (logiciel libre)
Un logiciel open-source (open source software ou logiciel libre) est un logiciel dont le code source est librement accessible et modifiable par tous. L'éditeur publie son code sous une licence libre (conforme à la définition de l'Open Source Initiative ou aux quatre libertés du logiciel libre définies par la FSF).
Concrètement, cela signifie que tout utilisateur a le droit d'étudier, de modifier et de redistribuer le programme. On peut ainsi adapter les fonctionnalités ou en ajouter de nouvelles selon ses besoins.
Cette ouverture du code permet une collaboration communautaire : développeurs individuels et organisations peuvent contribuer aux améliorations.
Il convient de noter la subtile distinction historique entre logiciel libre et open source.
- Le mouvement du logiciel libre, initié dans les années 1980 (Richard Stallman, projet GNU), insiste sur des valeurs éthiques et des libertés pour l'utilisateur.
- Le terme open source, apparu vers 1998, met davantage l'accent sur les bénéfices pratiques d'un développement collaboratif ouvert (qualité logicielle, innovation partagée), sans nécessairement invoquer la philosophie politique sous-jacente.
En pratique aujourd'hui, les deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable.
L'idée centrale reste que, contrairement au propriétaire, l'éditeur ne garde pas le code source secret ; au contraire, il le divulgue et en autorise la diffusion, afin de mutualiser les efforts d'amélioration du logiciel (approche open source visant la qualité et l'innovation) ou par principe de liberté d'usage et de partage (approche du logiciel libre).
Un logiciel open-source est généralement gratuit d'accès (au moins dans sa version de base), mais libre ne veut pas forcément dire gratuit dans tous les contextes. La licence peut autoriser la commercialisation de services autour du logiciel (support technique, intégration, formation, hébergement, etc.) pour assurer sa rentabilité, sans remettre en cause la liberté d'accès au code. De nombreux projets libres prospèrent ainsi grâce à des entreprises offrant des services payants liés à l'open-source.
Définition du modèle propriétaire (logiciel fermé)
Un logiciel propriétaire est un logiciel distribué sous une licence exclusive par son éditeur, qui conserve le contrôle total sur le produit et son code source. Le code source n'est pas divulgué publiquement ; il reste secret et protégé juridiquement (droit d'auteur, brevets). L'utilisateur final n'obtient qu'un droit d'utilisation restreint via un contrat de licence (CLUF) et n'est pas autorisé à copier, modifier ou redistribuer librement le logiciel. Seul le propriétaire du logiciel peut apporter des modifications ou des mises à jour au code.
En pratique, un logiciel propriétaire ne permet pas d'exercer les "quatre libertés" du logiciel libre : l'utilisateur ne peut pas toujours exécuter le programme pour n'importe quel usage, ni accéder au code source, ni redistribuer le logiciel, ni publier des versions modifiées. Des verrous techniques (code obfusqué, verrou DRM) et juridiques sont souvent en place pour empêcher l'ingénierie inverse ou la modification non autorisée. Par exemple, le système d'exploitation Microsoft Windows est un logiciel propriétaire -- son code est fermé et seul Microsoft peut légalement le modifier ou y ajouter des fonctionnalités.
Souvent, le modèle propriétaire s'accompagne d'une commercialisation classique : vente de licences (montant fixe ou abonnement) pour utiliser le logiciel, éventuellement déclinées en éditions différentes. L'éditeur garde la maîtrise de la diffusion (copies payantes, limitations d'installation, etc.) afin de rentabiliser ses investissements en développement. Pour l'utilisateur, "acheter un logiciel" signifie en réalité acheter un droit d'utilisation selon les termes imposés par l'éditeur, plutôt qu'acquérir la propriété du programme lui-même.
Historique et évolution des deux modèles
Historiquement, les premiers logiciels (années 1960-70) étaient souvent partagés librement dans les milieux académiques et les laboratoires, le concept de licence propriétaire n'étant pas encore formalisé.
Avec la croissance de l'industrie du logiciel dans les années 1980-90, le modèle propriétaire est devenu dominant commercialement : des éditeurs comme Microsoft, Oracle, Adobe ont bâti leur succès sur la vente de logiciels fermés, gardant un contrôle exclusif sur leurs produits. À la même période, en réaction, le mouvement du logiciel libre a émergé (fondation de la Free Software Foundation en 1985, licence GPL en 1989) prônant le libre accès au code et le partage. Dans les années 1990, le terme open source a été proposé pour rendre ces idées plus attrayantes pour les entreprises, avec la création de l'Open Source Initiative en 1998.
Il y a eu une époque où la rivalité entre open-source et propriétaire était vive -- on se souvient par exemple qu'au début des années 2000, Microsoft voyait Linux comme un menace (Steve Ballmer qualifiait Linux de "cancer" en 2001). Cependant, les deux modèles ont évolué vers davantage de complémentarité. Linux et les logiciels libres ont gagné en maturité et en parts de marché (notamment dans les serveurs, le web, les smartphones), poussant même les géants du propriétaire à s'impliquer dans l'open-source.
Au fil du temps, beaucoup d'entreprises ont changé de stratégie : par exemple, Microsoft et IBM, anciennement défenseurs farouches du tout-propriétaire, sont devenus aujourd'hui deux des plus grands contributeurs de projets open source au monde. Microsoft compte ainsi plus de 4 000 de ses employés contribuant activement à des projets open-source, soit près du double de contributeurs de Google (~1 850) ou de Red Hat (~1 549) en 2018. Ce revirement illustre que même les acteurs du logiciel propriétaire reconnaissent désormais l'importance de l'open-source. Des événements marquants l'ont symbolisé : Microsoft a ouvert le code de .NET et de Visual Studio Code, a racheté la plateforme GitHub en 2018, et a même rejoint l'Open Invention Network pour protéger Linux. IBM a, de son côté, racheté Red Hat (leader des distributions Linux commerciales) la même année.
Aujourd'hui, on observe qu'il n'y a plus de séparation étanche entre les deux mondes. De nombreux logiciels commerciaux propriétaires intègrent des briques open-source, et inversement des entreprises publient en open-source certains composants de leurs produits. On parle parfois de modèles "mixtes" ou mixed-source : un éditeur peut ouvrir une partie de son logiciel (par exemple des modules ou une ancienne version), tout en conservant une autre partie en code fermé. L'industrie a compris qu'elle pouvait bénéficier du "meilleur des deux mondes" en combinant innovation communautaire et différenciation commerciale.
Modèles économiques et viabilité
Comment gagne-t-on de l'argent avec ces deux modèles ?
La question de la viabilité économique est centrale, notamment pour l'open-source.
Du côté propriétaire, le modèle économique est traditionnel : l'éditeur investit dans le développement et se rémunère en facturant des licences d'utilisation, des abonnements, ou des services associés (support, mises à jour). Le code fermé garantit que seul l'éditeur peut commercialiser le logiciel -- un monopole légal qui protège ses revenus. Ce modèle a longtemps été perçu comme plus rémunérateur, car chaque copie utilisable du logiciel est payante ou contrôlée. De plus, l'éditeur peut proposer différentes éditions (standard, professionnelle, entreprise) pour segmenter le marché et maximiser les rentrées. Bref, le modèle propriétaire vise à capturer la valeur créée par le logiciel en la monétisant directement auprès des utilisateurs.
Pour l'open-source, le logiciel en lui-même est gratuit dans la plupart des cas -- n'importe qui peut le télécharger sans payer de licence. Le modèle économique doit donc être indirect. Plusieurs stratégies existent :
- Service et support commercial : L'exemple classique est Red Hat (acquise par IBM) avec Linux -- le code (Fedora, CentOS, etc.) est librement accessible, mais la société vend des services de support, de maintenance, de formation et de certification aux entreprises qui déploient sa distribution Red Hat Enterprise Linux. Les clients paient pour une assurance qualité, de l'assistance technique et des mises à jour garanties, pas pour le code lui-même.
- Open core (double licence) : L'éditeur propose une version communautaire open-source et une version commerciale avec des fonctionnalités supplémentaires propriétaires. Cela lui permet d'attirer une base d'utilisateurs large grâce à la version gratuite, tout en incitant les clients professionnels à payer pour la version premium. Par exemple, la société Odoo publie Odoo Community en open-source, mais vend Odoo Enterprise avec des modules avancés et un support dédié. De même, MySQL (base de données open-source) a longtemps été disponible sous double licence : gratuite sous GPL pour un usage libre, ou sous licence commerciale payante pour les entreprises souhaitant l'intégrer sans contrainte de copyleft. Ce modèle "freemium" préserve l'esprit open-source tout en générant des revenus nécessaires au développement.
- Hébergement et SaaS : De plus en plus, des entreprises tirent profit de logiciels open-source en vendant des services hébergés autour de ceux-ci. Par exemple, WordPress est un logiciel open-source, mais la société Automattic monétise WordPress via sa plateforme WordPress.com (hébergement et fonctionnalités premium). De même, des bases de données ou outils open-source sont proposés en version cloud clé-en-main (Database-as-a-Service, etc.), ce que les clients payent, alors que le logiciel sous-jacent reste libre.
- Contribution d'entreprise / parrainage : Parfois, de grandes entreprises financent des développeurs pour travailler sur des projets open-source critiques qu'elles utilisent. C'est un investissement indirect : l'entreprise améliore gratuitement un logiciel libre qu'elle utilise dans ses produits ou services, afin d'éviter d'avoir à développer la même chose en interne. Par exemple, Google, Microsoft, IBM et d'autres emploient des développeurs pour contribuer à Linux, Apache, Kubernetes, etc. On estime que la majorité des développeurs actifs sur les gros projets open-source sont rémunérés par leur entreprise pour ce travail (même si le code est ensuite donné à la communauté). En 2023, environ 10% des ingénieurs de Google/Alphabet consacraient du temps à des projets open-source dans le cadre de leur emploi. L'implication financière du secteur privé dans le libre est devenue la norme, et vous aviez raison d'intuition : une grande partie des contributions open-source provient de développeurs employés par des entreprises commerciales (y compris des éditeurs de logiciels propriétaires).
Malgré ces modèles, la viabilité de l'open-source reste un défi. De nombreux projets libres, surtout les plus petits, reposent sur du bénévolat et peuvent souffrir de manque de ressources. Certaines startups open-source, confrontées à la difficulté de monétiser un produit gratuit, ont choisi d'resserrer leurs licences ou d'adopter un modèle plus propriétaire pour survivre. On l'a vu récemment avec des entreprises comme Elastic (moteur de recherche Elasticsearch), MongoDB ou HashiCorp : elles ont modifié leurs licences open-source vers des formules plus restrictives afin d'empêcher les géants du cloud de "profiter" gratuitement de leur travail sans contribuer en retour. En effet, un risque du modèle libre est qu'un tiers (par ex. Amazon Web Services) prenne le logiciel open-source et le commercialise lui-même comme service, privant l'éditeur original de revenus. Pour se protéger et pérenniser leur activité, ces entreprises ont parfois fermé une partie de leur code ou exigé des licences commerciales pour certains usages. Cela illustre que, sans une stratégie économique solide, un projet open-source peut avoir du mal à financer son développement à long terme.
En résumé, le modèle propriétaire génère directement des revenus par la vente de droits d'utilisation, tandis que le modèle open-source monétise indirectement via des services ou des versions additionnelles. Beaucoup d'entreprises optent aujourd'hui pour un modèle hybride où elles contribuent à l'open-source (pour l'adoption et l'innovation) tout en conservant des offres propriétaires rentables pour soutenir l'activité.
Intrications et complémentarité entre open-source et propriétaire
Loin de s'exclure mutuellement, les univers open-source et propriétaire sont désormais fortement interconnectés.
Voici quelques aspects de cette complémentarité :
- Dépendance mutuelle au niveau technologique : Presque tous les logiciels commerciaux propriétaires incorporent des composants open-source. Une étude récente a montré que 96 % des applications "commerciales" contiennent du code open-source ou gratuit issu de la communauté. Par exemple, un logiciel propriétaire peut intégrer des bibliothèques libres (frameworks, moteurs de base de données, etc.) pour accélérer son développement. Cela évite de "réinventer la roue" et permet aux éditeurs propriétaires de profiter de l'intelligence collective. Sans l'open-source disponible librement, les entreprises devraient réécrire énormément de code -- une recherche de Harvard a évalué que recréer en interne tout le code libre utilisé dans les logiciels coûterait 3,5 fois plus cher, soit environ 8,8 trillions de dollars investis en développement. L'open-source est donc devenu une infrastructure logicielle essentielle pour tout le secteur informatique, y compris pour les logiciels propriétaires qui s'appuient dessus.
- Soutien de l'open-source par les entreprises : En retour, l'open-source bénéficie largement des ressources des entreprises, y compris de celles dont le cœur de métier reste propriétaire. Les grandes firmes de la tech financent des projets libres critiques (directement ou via des fondations) et libèrent du code. Par exemple, Google a ouvert de nombreux projets (Android, Chromium, TensorFlow...), Microsoft a contribué à Linux, libéré .NET, etc. Souvent, il s'agit d'une stratégie gagnant-gagnant : l'entreprise profite d'un écosystème ouvert florissant autour de ses plateformes (ce qui peut stimuler ses ventes de services, de matériel ou de cloud), tout en se posant en acteur innovant. La plupart des "gros" projets open-source sont aujourd'hui pilotés ou fortement soutenus par des entreprises. Cette intrication fait que le succès de l'open-source est en partie tributaire des investissements du privé. À ce titre, on comprend pourquoi la survie du modèle propriétaire est importante même pour le monde open-source : ce sont souvent les profits générés par des produits propriétaires qui permettent aux entreprises de dégager du temps et des moyens pour contribuer à des projets libres. En d'autres termes, l'open-source et le propriétaire forment un écosystème symbiotique.
- Adoption d'une approche hybride par les éditeurs : De plus en plus d'entreprises adoptent un modèle hybride, combinant solutions open-source et solutions propriétaires. Un sondage auprès de décideurs IT montre que pour maximiser le ROI, 36 % des organisations privilégient un mélange de produits open-source et propriétaires, plus qu'une approche tout-libre ou tout-propriétaire. En moyenne, les systèmes d'information d'entreprise aujourd'hui seraient composés à ~33 % de technologies open-source contre ~67 % de technologies propriétaires, et même dans un scénario "idéal" envisagé, les DSI imaginent garder ~60 % de propriétaire vs 40 % d'open-source. Presque tous (97 % des répondants) reconnaissent des avantages au propriétaire dans certains domaines (sécurité, contrôle, support...) justifiant de ne pas passer au 100 % open-source. Ces chiffres confirment que la vision manichéenne d'un affrontement entre les deux modèles a laissé place à une reconnaissance de leur complémentarité.
- Open-source comme socle, propriétaire en différenciation : Une stratégie répandue consiste à utiliser des logiciels open-source éprouvés comme socle standard (systèmes d'exploitation Linux, serveurs web Apache/Nginx, frameworks divers) puis d'ajouter par-dessus des couches propriétaires pour se différencier ou répondre à des besoins spécifiques. Par exemple, Apple utilise un cœur Unix open-source (Darwin, dérivé de BSD) dans macOS, mais tout l'environnement graphique et applicatif autour est propriétaire et exclusif à Apple, offrant une expérience utilisateur et un écosystème intégré qui la distinguent. De même, Android est basé sur un noyau Linux open-source ; cependant Google ajoute des composants propriétaires (services Google Mobile, Play Store, interface constructeur) pour contrôler l'expérience finale. Cela montre bien que l'open-source et le propriétaire peuvent coexister au sein d'un même produit, chacun apportant une valeur ajoutée différente.
En somme, loin d'être disjoints, les deux modèles s'enrichissent mutuellement. L'open-source fournit une base commune, flexible et partagée, tandis que le propriétaire apporte des investissements, du support et parfois une finition orientée utilisateur final ou métier spécifique. Le "meilleur des deux mondes" se retrouve dans de nombreuses solutions actuelles, et la plupart des grands acteurs misent sur les deux tableaux. Aucun des deux modèles ne semble appelé à remplacer totalement l'autre à court terme -- ils ont chacun un rôle clé dans l'innovation et l'économie du logiciel.
Avantages et inconvénients comparés
Regardons plus en détail les points forts et limites de chaque modèle de manière comparative :
➤ Avantages du modèle open-source :
- Liberté, flexibilité et adaptation aux besoins : L'accès au code source permet de personnaliser le logiciel. Une entreprise ou un utilisateur avancé peut modifier le programme, ajouter des fonctionnalités ou corriger un bug par lui-même, sans dépendre d'un fournisseur. Même sans expertise en interne, on bénéficie souvent de la communauté : il est possible d'intégrer des modules ou améliorations développés par d'autres contributeurs de la communauté open-source, ce qui confère une grande agilité. Le logiciel libre n'impose pas de limites artificielles d'usage : pas de verrou de licence par utilisateur, par poste, etc.
- Coût d'acquisition réduit : En règle générale, un logiciel open-source est gratuit à l'usage -- pas de coût de licence initial. Cela peut représenter des économies substantielles, notamment pour les petites structures ou projets à budget limité. De plus, l'absence de redevances récurrentes permet de déployer l'outil largement (par exemple, équiper de nombreux serveurs Linux sans coût unitaire). Attention toutefois : gratuit ne veut pas dire sans coût total -- il faut considérer les coûts de support, de formation ou de maintenance (voir inconvénients). Néanmoins, l'effet de levier financier est réel, et de nombreuses innovations (ex. start-ups du web) ont été possibles grâce à des stacks open-source peu coûteuses au démarrage.
- Innovation rapide et qualité : Le modèle open-source favorise une innovation ouverte et rapide. Grâce à la participation mondiale de développeurs aux horizons variés, les projets libres évoluent souvent plus vite et intègrent les dernières avancées technologiques. Le code étant ouvert à l'examen public, les peer reviews et contributions multiples peuvent améliorer la qualité du logiciel. Les bugs et failles de sécurité ont plus de chances d'être repérés et corrigés tôt par la communauté. On cite souvent l'aphorisme de Linus Torvalds : "Given enough eyeballs, all bugs are shallow" (avec suffisamment d'yeux, tous les bugs sont superficiels). Autrement dit, la transparence du code accroît la fiabilité, à condition qu'il y ait une communauté active pour l'examiner.
- Interopérabilité et standards ouverts : Les projets open-source tendent à s'appuyer sur des standards ouverts et à éviter les formats fermés, ce qui améliore l'interopérabilité entre systèmes. L'utilisateur n'est pas prisonnier d'un fournisseur et peut en théorie migrer son système ou ses données vers un autre logiciel libre sans entrave (grâce aux formats ouverts). Cela réduit le risque de verrouillage propriétaire (vendor lock-in).
- Communauté et pérennité : Un logiciel open-source de premier plan bénéficie souvent d'une vaste communauté d'utilisateurs et de développeurs à travers le monde. Cette communauté partage des connaissances (forums, documentation, tutoriels) et peut assurer la pérennité du projet au-delà même de la volonté initiale de l'éditeur. Par exemple, si l'entreprise derrière un logiciel libre arrête son support, la communauté peut prendre le relais en mode "fork" du projet. Ainsi, les utilisateurs ne dépendent pas d'une seule entité pour la continuité du logiciel -- tant qu'il y a de l'intérêt, le projet peut survivre sous une autre forme.
➤ Inconvénients / limites du modèle open-source :
- Support et responsabilité réduits : L'absence d'éditeur unique responsable signifie qu'il n'y a pas de support client contractuel inclus d'office. En cas de problème, l'utilisateur doit souvent se tourner vers la communauté (forums, mailing lists, GitHub) pour obtenir de l'aide. La qualité de cette assistance bénévole peut varier, et rien ne garantit une réponse rapide ou satisfaisante, surtout pour des besoins pointus ou en situation d'urgence. Il est possible de souscrire à des services payants de sociétés tierces pour du support (beaucoup de solutions libres ont un écosystème d'entreprises de service autour), mais cela représente un coût additionnel. Quoi qu'il en soit, dans le monde open-source communautaire, il n'y a pas de SLA (accord de niveau de service) garanti par défaut, ce qui peut être problématique en environnement de production critique.
- Expertise requise et efforts d'implémentation : Utiliser un logiciel libre suppose parfois davantage d'expertise technique en interne, car on est plus autonome pour l'intégration et l'administration. L'open-source, surtout dans ses versions brutes, peut être moins convivial pour des utilisateurs non techniques : par exemple, Linux offre une flexibilité énorme, mais sa prise en main en ligne de commande est plus ardue pour un débutant comparé à Windows. Il peut manquer d'interfaces user-friendly ou de documentation grand public sur certains projets. En outre, la multitude d'options et de configurations peut complexifier le déploiement. En somme, le coût n'est pas en licence, mais en temps humain qualifié (pour installer, paramétrer, maintenir). Pour une entreprise, cela peut nécessiter de former des équipes ou recruter des compétences, ce qui compense partiellement l'économie de licence.
- Fragmentation et incertitudes : La liberté de modifier et forker un logiciel open-source peut conduire à une fragmentation de l'offre. Plusieurs versions ou distributions d'un même outil peuvent coexister (pensez aux innombrables distributions Linux par ex.). Ce foisonnement est positif en diversité, mais peut rendre le choix difficile et diluer les efforts. De plus, un projet libre peut évoluer de façon imprévisible : si la communauté se désintéresse ou qu'un fork divise les développeurs, l'utilisateur peut se retrouver face à un produit dont le futur est incertain (ex : passage d'OwnCloud à Nextcloud, scission de OpenOffice en LibreOffice, etc.). L'absence de feuille de route commerciale ferme signifie aussi que certaines fonctionnalités peuvent tarder à apparaître si la communauté ne les juge pas prioritaires par rapport à vos besoins spécifiques.
- Moins de support commercial intégré : S'il existe bien des offres commerciales autour du libre, dans sa version communautaire un logiciel open-source ne vient pas avec les commodités qu'un éditeur propriétaire fournit généralement : pas de numéro de hotline officiel, pas d'engagement de résultat, pas de garantie sur les mises à jour futures. Pour une entreprise, cela peut représenter un risque : vers qui se tourner en cas de gros pépin ? Certaines structures n'ont pas la tolérance au risque nécessaire et préfèrent payer un fournisseur pour avoir un interlocuteur responsable en face. On touche là à un point clé : la responsabilité. Avec un logiciel propriétaire, on peut généralement exiger du fournisseur des correctifs, voire engager sa responsabilité contractuelle en cas de défaut majeur. Avec un logiciel libre, l'utilisateur est en dernière instance responsable de son implémentation (sauf contrat de support tiers), ce qui peut freiner son adoption dans des milieux où la fiabilité est critique.
- Compatibilité logicielle et écosystème : Certains éditeurs propriétaires dominent encore des segments et imposent leurs formats. Un logiciel libre peut rencontrer des problèmes de compatibilité avec d'autres outils propriétaires largement utilisés. Par exemple, bien que LibreOffice lise la plupart des documents MS Office, de légères incompatibilités peuvent subsister dans la mise en page complexe. De même, certaines applications métiers n'existent que sous Windows, rendant un passage à 100% open-source difficile. Le reverse engineering des formats et protocoles propriétaires n'est pas toujours parfait. Ainsi, le choix du libre peut imposer de renoncer à certains outils spécifiques ou de trouver des solutions de contournement.
➤ Avantages du modèle propriétaire :
- Prise en main, finition et convivialité : Les logiciels commerciaux propriétaires mettent souvent l'accent sur l'expérience utilisateur. Étant en concurrence sur des marchés grand public ou professionnels, leurs éditeurs investissent dans l'ergonomie, le design, la facilité d'utilisation out-of-the-box. L'interface est en général soignée et les fonctionnalités prêtes à l'emploi pour un usage précis. Par exemple, Microsoft Office est réputé pour son polish et sa stabilité en entreprise, comparé à certaines alternatives libres. Cette orientation utilisateur se traduit aussi par une intégration plus poussée entre produits du même éditeur (suite bureautique, écosystème Adobe, etc.), ce qui peut améliorer la productivité d'ensemble. En résumé, le propriétaire vise souvent le clé-en-main, là où l'open-source nécessite parfois plus de configuration initiale.
- Support client et maintenance garantis : Comme évoqué, avec un logiciel propriétaire vous bénéficiez généralement d'un support officiel. Les éditeurs offrent des manuels, des bases de connaissances, un support technique (téléphone, e-mail), voire des techniciens pouvant intervenir sur site ou à distance. Les contrats de licence incluent souvent la maintenance (mises à jour régulières, correctifs de sécurité) sur une durée donnée. En cas de problème critique, vous avez la garantie contractuelle que l'éditeur agit pour le résoudre dans les meilleurs délais -- c'est après tout dans son intérêt commercial de satisfaire ses clients. Ce niveau d'assistance professionnelle rassure les entreprises, notamment pour des applications stratégiques (comptabilité, ERP, etc.), car il transfère la responsabilité du bon fonctionnement vers le fournisseur. Le modèle propriétaire permet aussi d'avoir un interlocuteur unique maîtrisant parfaitement son produit, ce qui accélère souvent la résolution des incidents.
- Sécurité et contrôle (perçus) : Il existe un débat autour de la sécurité relative de l'open-source vs propriétaire. Du côté propriétaire, l'argument mis en avant est que, le code étant fermé, il est moins exposé aux attaquants potentiels qui ne peuvent pas l'inspecter à la recherche de failles. On fait confiance à l'éditeur pour corriger les vulnérabilités en interne et délivrer des patchs. D'après une enquête, 54 % des décideurs estiment que la sécurité est un atout majeur des logiciels propriétaires par rapport à l'open-source, de même que le contrôle plus serré exercé par l'éditeur (51 %). En outre, l'éditeur teste son produit sur un ensemble restreint de plateformes compatibles, réduisant les incertitudes liées à des combinaisons multiples. Bien entendu, il s'agit parfois d'une perception plus que d'une réalité absolue : les logiciels propriétaires ne sont pas invulnérables (des failles critiques existent aussi, mais sont simplement moins visibles du public), et à l'inverse la transparence de l'open-source permet à tout expert tiers d'auditer le code pour y déceler des problèmes. Néanmoins, du point de vue d'une organisation, acheter un logiciel propriétaire signifie pouvoir tenir l'éditeur pour responsable en cas de brèche de sécurité majeure, ce qui est un gage de sérieux. Dans certains secteurs régulés (banque, défense...), cela reste un critère influençant le choix vers des solutions propriétaires éprouvées.
- Écosystème et compatibilité industrielle : Beaucoup de standards de facto de l'industrie sont incarnés par des solutions propriétaires. Par exemple, Adobe Photoshop est un standard dans le graphisme, AutoCAD dans la CAO, Microsoft Excel dans l'analyse financière, etc. Opter pour ces logiciels garantit une compatibilité avec les partenaires, clients ou fournisseurs utilisant les mêmes outils. Souvent, les formats natifs de ces logiciels (PSD, DWG, XLSX...) sont mieux supportés qu'au travers d'alternatives libres. De plus, les éditeurs proposent des formations, des certifications sur leurs produits, créant un vivier de professionnels maîtrisant ces outils. Pour une entreprise, il peut être plus simple de recruter des personnes sachant utiliser un logiciel propriétaire courant que d'en trouver qui connaissent une alternative open-source plus rare. Enfin, certains matériels ou services ne fonctionnent de manière optimale qu'avec des logiciels propriétaires spécifiques (par ex. un fournisseur de matériel réseau fournira un logiciel de gestion propriétaire optimisé pour son équipement). Tout cela confère au modèle propriétaire une insertion fluide dans les workflows existants d'une organisation.
- R&D financée et roadmap claire : Les éditeurs propriétaires, tirant des revenus de leurs ventes, peuvent réinvestir massivement en R&D pour faire évoluer le produit. Ils définissent une feuille de route claire en fonction des attentes du marché et de la concurrence, avec des cycles de version réguliers. L'utilisateur a donc une meilleure visibilité sur les futures fonctionnalités ou améliorations à venir, annoncées via des communications officielles. Par exemple, un client Oracle ou Microsoft sait quelles grandes mises à jour sont prévues sur l'année, ce qui lui permet d'anticiper. Dans le monde open-source, l'évolution dépend du bon vouloir de la communauté et peut être moins prévisible. La capacité d'investissement des grands éditeurs propriétaires leur permet aussi d'explorer des technologies émergentes (IA, cloud...) et de les intégrer rapidement dans leurs offres, assurant que le logiciel reste à la pointe (sous l'angle de la stratégie définie par l'entreprise).
➤ Inconvénients / limites du modèle propriétaire :
- Coûts directs élevés et dépendance fournisseur : Le premier frein aux solutions propriétaires est souvent le coût des licences. Celles-ci peuvent représenter des dépenses importantes, d'autant plus que beaucoup d'éditeurs sont passés à des modèles d'abonnement annuels. Sur le long terme, le TCO (coût total de possession) peut dépasser largement celui d'une solution open-source équivalente, surtout si des frais par utilisateur ou par serveur s'appliquent. Par ailleurs, adopter un logiciel propriétaire induit souvent un verrouillage vis-à-vis de l'éditeur (vendor lock-in). Une fois que vos données, vos processus métier et vos employés sont habitués à un logiciel donné, il est difficile et coûteux d'en changer. Le fournisseur le sait et peut en profiter (augmentations tarifaires, conditions contraignantes) -- cela crée une dépendance. Si l'éditeur décide d'arrêter le support du produit ou de modifier sa politique (par ex. fin d'une version perpétuelle pour du cloud only), le client a peu de recours. Ce risque de verrouillage est l'envers de la médaille d'une solution intégrée propriétaire.
- Moins de liberté et de transparence : Utiliser un logiciel propriétaire signifie accepter les limitations imposées par l'éditeur. Impossible de le modifier si une fonctionnalité manque ou déplaît -- on peut tout au plus émettre des souhaits aux équipes produit, sans garantie. De même, en cas de bug, il faut attendre un patch du fournisseur ; on ne peut pas aller soi-même corriger le code source. Cette perte de contrôle peut être frustrante pour des utilisateurs avancés. Sur le plan technique, le code source fermé empêche d'auditer le programme en profondeur : on doit faire confiance à l'éditeur quant à la qualité du code, sa sécurité, la protection des données, etc. Il y a aussi l'incertitude sur ce qui se passe en coulisses (télémetrie, backdoors éventuelles, etc.) -- certaines organisations sensibles refusent des logiciels propriétaires pour cette raison, préférant pouvoir tout inspecter (d'où par exemple l'adoption de Linux par des gouvernements pour des questions de souveraineté logicielle). Enfin, l'interopérabilité peut pâtir de formats propriétaires : extraire ses données ou les migrer vers un autre système devient compliqué si elles sont dans un format fermé non documenté.
- Innovation plus fermée, rythme potentiellement plus lent : Un éditeur propriétaire doit arbitrer entre les évolutions qu'il implémente en fonction du ROI attendu. Il ne va pas nécessairement intégrer toutes les idées de sa base utilisateurs, surtout si cela concerne un public de niche. À l'inverse d'un projet open-source où n'importe quel développeur motivé peut ajouter une fonctionnalité (et la proposer upstream), dans le modèle propriétaire l'innovation est plus centralisée. Cela peut conduire à un rythme d'évolution plus lent ou inflexible dans certains cas, en particulier si le produit a peu de concurrence (l'éditeur n'a pas de pression forte pour améliorer rapidement). Par ailleurs, les mises à jour majeures peuvent être dictées par des impératifs commerciaux plus que par les souhaits réels des utilisateurs (par ex. refonte d'interface surtout pour en vendre une nouvelle version). En somme, l'innovation n'est pas forcément au rendez-vous pour l'utilisateur final si elle ne sert pas la stratégie du fournisseur.
- Risque de discontinuation : Si une communauté open-source peut reprendre un projet abandonné, dans le cas d'un logiciel propriétaire l'utilisateur est à la merci des décisions d'entreprise. Un éditeur peut décider de mettre fin à un produit (éventuellement pour pousser sa clientèle vers un autre produit plus rentable). Les exemples ne manquent pas : telle application est abandonnée ou fusionnée, tel service cloud est arrêté, etc. Le client se retrouve alors sans support et doit migrer vers autre chose dans l'urgence. Cette incertitude plane surtout sur les solutions propriétaires de petits éditeurs ou sur des technologies fermées propriétaires qui peuvent devenir obsolètes si l'entreprise coule. Avec l'open-source, même si l'éditeur originel disparaît, le code restant ouvert peut être repris par la communauté ou une autre société -- ce filet de sécurité n'existe pas en propriétaire.
En synthèse, aucun des deux modèles n'est parfait et le choix dépendra du contexte, des besoins et des ressources de l'organisation. C'est pourquoi aujourd'hui, la plupart des entreprises adoptent un équilibre : elles profitent de l'open-source là où cela apporte un gain (mutualisation, réduction de coûts, flexibilité) et recourent à des solutions propriétaires là où elles jugent cela nécessaire (support, applicatifs métier spécifiques, etc.).
Exemples concrets de logiciels open-source et propriétaires
Pour mieux illustrer la différence entre les deux modèles, voici quelques exemples marquants de logiciels open-source versus logiciels propriétaires, dans divers domaines :
- Systèmes d'exploitation (OS) :
- Open-source : GNU/Linux (et ses multiples distributions comme Ubuntu, Debian, Red Hat...), FreeBSD. Ces OS à code ouvert sont utilisés sur la plupart des serveurs dans le monde et de nombreux appareils embarqués.
- Propriétaires : Microsoft Windows (OS dominant sur les PC grand public et professionnels), Apple macOS (OS des ordinateurs Apple). Le code de Windows et macOS est fermé ; ils sont vendus avec les machines ou sous forme de licences. (À noter : macOS a une base partiellement open-source via Darwin/BSD, mais l'ensemble de l'OS et l'interface restent propriétaires.)
- Suites bureautiques :
- Open-source : LibreOffice (et anciennement OpenOffice.org) -- suite bureautique libre comprenant traitement de texte, tableur, présentation, etc., compatible avec les formats MS Office. Autre exemple : Calligra Suite (KDE) plus marginale.
- Propriétaires : Microsoft Office (Word, Excel, PowerPoint...) -- suite bureautique leader du marché, licence payante ou abonnement Office 365. Apple iWork (Pages, Numbers, Keynote) sur macOS/iOS en est un autre exemple propriétaire (fourni avec les appareils Apple).
- Navigateurs web :
- Open-source : Mozilla Firefox (navigateur libre, issu de Mozilla, code source ouvert) ; Chromium (projet libre à la base de Google Chrome) ; Brave, Vivaldi (basés sur Chromium et partiellement open-source).
- Propriétaires : Google Chrome (navigateur de Google, interface propriétaire bien que s'appuyant sur Chromium), Safari d'Apple (navigateur Mac/iOS, partiellement basé sur WebKit open-source mais avec de nombreux composants propriétaires). Historiquement, Internet Explorer de Microsoft était un navigateur propriétaire (aujourd'hui remplacé par Edge, lui-même fondé sur Chromium open-source avec des ajouts Microsoft propriétaires).
- Serveurs web et serveurs d'applications :
- Open-source : Apache HTTP Server (serveur web le plus connu historiquement), NGINX (serveur web/réverse proxy très utilisé), Apache Tomcat (serveur d'applications Java), Node.js (plateforme serveur JavaScript). Tous ces serveurs ont leur code ouvert et une large communauté.
- Propriétaire : Microsoft IIS (Internet Information Services, serveur web de Microsoft inclus avec Windows Server, code fermé), Oracle WebLogic ou IBM WebSphere (serveurs d'applications Java EE propriétaires, destinés aux entreprises). Ces solutions sont vendues sous licence et s'intègrent dans des offres plus larges des éditeurs.
- Bases de données (SGBD) :
- Open-source : MySQL et PostgreSQL sont deux SGBD relationnels libres très populaires (MySQL est désormais maintenu par Oracle mais conserve une édition communautaire open-source ; PostgreSQL est totalement ouvert et communautaire). MariaDB est un fork libre de MySQL. En NoSQL, on a MongoDB (source-available, licence SSPL) ou Cassandra (Apache) par exemple.
- Propriétaire : Oracle Database (référence des bases de données commerciales haut de gamme, propriétaire, très coûteuse en licence), Microsoft SQL Server (SGBD de Microsoft, propriétaire, décliné en éditions payantes), IBM Db2. En NoSQL propriétaire, citons par ex. Amazon DynamoDB (service cloud fermé d'Amazon).
- Virtualisation et conteneurs :
- Open-source : KVM (technologie de virtualisation dans le noyau Linux), Xen (hyperviseur libre), VirtualBox (outil de virtualisation d'Oracle, publié en open-source pour la base), Docker (plate-forme de conteneurs libre), Kubernetes (orchestrateur de conteneurs open-source créé par Google).
- Propriétaire : VMware vSphere/ESXi (solution de virtualisation leader en entreprise, propriétaire, licence onéreuse), Hyper-V de Microsoft (hyperviseur Windows Server), Oracle VM VirtualBox Extension Pack (Oracle propose certaines extensions propriétaires à VirtualBox libre), ou les solutions de conteneurs propriétaires managés par des clouds (par ex. AWS Fargate, qui est un service propriétaire basé sur des technologies open-source en arrière-plan).
- Sécurité et réseaux :
- Open-source : OpenSSL (bibliothèque de cryptographie open-source largement utilisée), Wireshark (analyseur de paquets réseau libre), pfSense (firewall/routeur logiciel open-source), Metasploit Framework (outil de test d'intrusion libre), etc.
- Propriétaire : Microsoft Defender (Windows), Cisco IOS (système des routeurs Cisco, propriétaire), Check Point Firewall (solution de pare-feu propriétaire), Burp Suite Pro (outil de pentest web propriétaire), etc. Dans la sécurité, de nombreux outils sont open-source pour la transparence, mais les entreprises proposent souvent des versions commerciales avec plus de support ou des interfaces graphiques avancées.
- Développement & outils :
- Open-source : Git (logiciel de gestion de version libre), Eclipse ou Visual Studio Code (éditeurs/IDE -- VS Code est open-source en base), GCC/Clang (compilateurs libres), Python, PHP, Ruby (langages interprétés open-source). La plupart des langages de programmation courants et outils de build sont open-source.
- Propriétaire : Microsoft Visual Studio (IDE complet version Enterprise payante), JetBrains IntelliJ IDEA Ultimate (IDE Java propriétaire, vs la version Community open-source), MATLAB (environnement de calcul scientifique propriétaire), Oracle JDK (depuis 2019 Oracle JDK n'est plus gratuitement libre d'utilisation en production, contrairement à OpenJDK open-source).
- Applications graphiques et multimédia :
- Open-source : GIMP (édition d'images, alternative libre à Photoshop), Blender (modeleur 3D/animation libre), Inkscape (dessin vectoriel libre, alternatif à Illustrator), Audacity (édition audio libre).
- Propriétaire : Adobe Photoshop, Illustrator, Premiere (suite Adobe, standards industriels propriétaires), Autodesk 3ds Max/Maya (3D propriétaires), Final Cut Pro d'Apple (montage vidéo propriétaire), Pro Tools (MAO propriétaire). Ces domaines créatifs voient cohabiter des solutions libres très puissantes (Blender est par exemple extrêmement populaire en 3D) avec les références propriétaires dominantes.
Chaque paire d'exemples illustre comment des alternatives open-source existent face à des produits propriétaires bien établis. Le choix dépend souvent des besoins spécifiques (ex. Blender convient à beaucoup de studios indépendants, mais Pixar utilisera Maya avec support Autodesk) et de l'écosystème (Photoshop reste demandé dans certaines filières, bien que GIMP soit suffisant pour d'autres). Pour un technicien systèmes/réseaux (TSSR/AIS), on voit bien par exemple l'opposition Windows vs Linux, VMware vs KVM, etc., qu'il est crucial de comprendre pour naviguer entre ces mondes.
Synthèse
Le modèle open-source et le modèle propriétaire constituent deux approches complémentaires de la production logicielle. L'open-source incarne la philosophie du partage, de la transparence et de la collaboration, ce qui accélère l'innovation technologique et donne aux utilisateurs un pouvoir sans précédent sur les outils qu'ils utilisent. Le propriétaire, lui, assure un cadre structuré où un éditeur peut investir lourdement, offrir des garanties (support, stabilité, sécurité) et affiner l'expérience utilisateur, en échange d'un contrôle renforcé et d'une monétisation directe.
Plutôt que de s'opposer frontalement, ces deux modèles ont appris à coexister et même à se nourrir l'un l'autre. Le succès phénoménal de l'open-source n'aurait pas été possible sans la participation d'entreprises qui, par ailleurs, tirent profit de logiciels propriétaires -- et inversement, l'efficacité de nombreux logiciels propriétaires repose sur des briques open-source éprouvées. Dans la pratique, on assiste à un rapprochement : les entreprises cherchent le meilleur équilibre ("best of both worlds"), combinant logiciels libres pour leur flexibilité et coûts réduits, et logiciels propriétaires lorsque le besoin de support, de fiabilité contractuelle ou de fonctionnalités spécifiques se fait sentir.
Il est donc important de ne pas penser en termes de "gagnant" ou "perdant" entre open-source et propriétaire. Chacun a un rôle pertinent. La survie du modèle propriétaire est effectivement importante pour l'écosystème global : elle garantit un flux d'investissement financier, de la R&D et un niveau de service que le seul bénévolat open-source aurait du mal à fournir à grande échelle. De nombreux développeurs open-source sont employés par des entreprises commerciales, souvent éditrices elles-mêmes de solutions propriétaires -- cela montre bien l'interdépendance des deux mondes. Sans produits propriétaires rentables pour financer les salaires, bien des projets libres manqueraient de contributeurs à temps plein. Et sans l'apport des logiciels libres, bien des produits propriétaires coûteraient beaucoup plus cher à développer et manqueraient d'interopérabilité.
Du point de vue d'un professionnel de l'informatique, il est indispensable de comprendre ces deux modèles : savoir tirer parti des solutions open-source (parce qu'elles sont omniprésentes dans les infrastructures modernes), tout en reconnaissant les situations où une solution propriétaire s'impose ou apporte une valeur ajoutée décisive. L'approche pragmatique consiste à évaluer au cas par cas en fonction des objectifs : ouvrir le code peut stimuler l'adoption et l'innovation, tandis que fermer le code peut être nécessaire pour financer, sécuriser ou maîtriser un produit. Souvent, la solution optimale réside dans une combinaison intelligente -- par exemple, utiliser un socle open-source standard et bâtir dessus des modules spécifiques propriétaires, ou proposer un logiciel libre tout en vendant des services premium.
En définitive, open-source et propriétaire ne sont pas des ennemis irréconciliables, mais deux facettes complémentaires de l'informatique d'aujourd'hui.